François Gabart, record du tour du monde en solitaire

Quatre heures du matin, en ce 17 décembre 2017. Le réveil n’a pas sonné. Cela fait déjà un peu plus d’une heure que je tourne dans mon lit, incapable de trouver le sommeil. L’esprit est ailleurs. Je me lève, conscient que la journée qui commence ne sera pas ordinaire : je dois préparer un reportage photographique sur l’exploit de François Gabart. Je consulte les nouvelles et l’information tombe : la ligne a été franchie à 1 h 45 min 35 s TU.
En préparant mon café, les pensées dérivent. Je me revois quelques années plus tôt, dans le carré d’un bâtiment de la Marine nationale. Les souvenirs remontent : les prises de quart de nuit, le silence ponctué par les instruments, l’odeur du café à la chicorée, celle du pain encore chaud… Un mélange de veille et d’attente, exactement comme ce matin-là.


J’arrive à Brest à l’heure même où mon réveil aurait dû me tirer des bras de Morphée. Direction le PC presse. Je suis accueilli avec le sourire par l’équipe de la Macif, qui enchaîne une nuit blanche de plus. Pourtant, mon nom n’apparaît pas sur la liste d’embarquement. « Nous allons régler ce désagrément », m’assure-t-on. Je veux y croire.
Je pars alors arpenter les quais pour m’imprégner de l’ambiance. À proximité, une sortie de boîte de nuit déverse ses derniers fêtards, contrastant avec la gravité de l’événement à venir. Je me dirige vers l’espace réservé à la presse télévisuelle. Les visages se croisent : Aurélien et son frère, passionnés de voile, Pierrot qui veille sur nous tous. Il est six heures. Il pleut sur Brest. Une pluie fine, presque logique, comme un décor fidèle à la ville et à l’instant.


Dans la salle de presse, l’effervescence est palpable. Radios, télévisions, journaux, web : tous les médias sont réunis pour cet instant historique. Finalement, j’obtiens un embarquement. L’excitation est immédiate, presque enfantine. Je suis comme un gamin à qui l’on vient d’offrir un rêve.
J’embarque à bord du Pétrel, aux côtés des partenaires du navigateur charentais. Il est neuf heures. Cap sur le goulet de Brest, à la rencontre du héros du jour. L’Abeille Bourbon, veilleur infatigable des mers, nous ouvre la route. Puis vient l’instant suspendu : à quelques encablures du Toulinguet, un grand oiseau semble posé sur l’eau. L’émotion est immédiate. Le trimaran est là.


L’accompagnement jusqu’au quai se fait sous les hourras d’une flottille bigarrée et multicolore. Sur l’eau comme à terre, la ferveur est immense. L’émotion est bien sûr visible chez le navigateur de trente-quatre ans, mais elle se lit tout autant sur les visages de ceux qui l’attendent.
Je lui ai donné un surnom : « Monsieur Première Fois ». Depuis 2013, chacune de ses entreprises s’est soldée par un succès. Une trajectoire hors norme. L’homme apparaît fatigué, marqué par l’effort, mais profondément heureux. Lorsque, sur le podium, il prend la parole face à la foule, l’émotion atteint son apogée.
À cet instant, une évidence s’impose : l’homme a besoin de sa famille, de silence et de repos. Le reste peut attendre.
Merci, Monsieur.