Guerlédan à sec : un survol exceptionnel du lac

En 2015, le lac de Guerlédan a connu l’un de ces événements exceptionnels qui marquent durablement les esprits : son assèchement complet, opération rendue nécessaire pour l’inspection, l’entretien et la sécurisation du barrage hydroélectrique. Pendant plusieurs mois, les eaux se sont retirées, révélant un paysage totalement transformé, habituellement dissimulé sous près de cinquante mètres d’eau par endroits.

C’est dans ce contexte unique que nous avons réalisé un survol en avion, au départ de Pontivy. Dès les premières minutes de vol, le contraste était saisissant. Là où s’étend d’ordinaire une vaste étendue d’eau, apparaissait une vallée minérale, creusée par le Blavet, avec ses reliefs, ses chemins, et les traces bien visibles de l’ancienne topographie. Depuis les airs, la lecture du terrain devenait évidente, presque pédagogique.

L’un des moments forts de ce survol fut sans aucun doute l’observation des anciennes écluses du canal de Nantes à Brest, immergées depuis la mise en eau du barrage en 1930. Habituellement invisibles, ces ouvrages d’art parfaitement alignés refaisaient surface, révélant leur implantation précise, leurs bajoyers, leurs sas et leurs zones de manœuvre. Le tracé du canal se lisait clairement dans le paysage, soulignant l’ingéniosité des ingénieurs et des bâtisseurs du XIXᵉ siècle.

D’un point de vue technique, le survol permettait également d’apprécier l’ampleur des travaux réalisés lors de l’assèchement : zones de contrôle des sédiments, accès provisoires aménagés pour les équipes au sol, et état général des structures mises à nu après des décennies d’immersion. Vu du ciel, l’intervention humaine et l’histoire du site se superposaient, offrant une vision globale rarement accessible depuis le sol.

Ce vol, au-delà de l’aspect aéronautique, restera comme un moment privilégié, à la croisée de la technique, du patrimoine et de l’émotion. Il nous a permis de redécouvrir le lac de Guerlédan sous un angle totalement inédit, comme un retour temporaire dans le temps, avant que les eaux ne reprennent leur place et que le lac ne retrouve son visage familier.